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L’année 2015 finissante avait pourtant apporté quelque réconfort à la chancelière fédérale sur le front des migrants.

Au sud, les Etats du glacis austro-hungaro-balkanique avaient quasiment fermé leurs frontières, limitant l’accès à leur territoire aux seuls réfugiés en provenance de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. La Sublime Porte avait consenti, à prix d’or, à entraver leur progression. En attendant que les passeurs trouvent d’autres voies, plus à l’Ouest, la Grèce semblait devoir supporter seule, pour un temps, l’effort principal.

A l’est, l’Alliance de Višegrad montrait bien quelques velléités de résistance à la juste répartition et à l’accueil des réfugiés qu’elle avait acceptés en leur nom, mais les sanctions financières ou leur menace, brandie par monsieur Juncker, auraient tôt fait de ramener ce petit monde à la raison.

Il y avait bien, au nord, quelques signes d’épuisement de la générosité suédoise, mais, après tout, si le flot se tarissait au Sud…

A l’intérieur, l’administration, les bénévoles et la police apportaient chaque jour des preuves de leur efficacité, de leur dévouement et de leur vigilance. Hors quelques cas isolés, la présence des migrants restait finalement assez peu perceptible par la population. Bien servie par une presse qui ne barguignait pas sa contribution à l’Œuvre commune, ne manquant pas de signaler les exemples concrets d’intégration réussie, rappelant et diffusant les mises en garde à l’encontre de toute dérive populiste, elle savait pouvoir compter sur une police politique – le «Verfassungsschutz» – efficace, qu’elle soit fédérale ou des Länder, pour surveiller les déviants.

Au sein de l’Union, l’allié encombrant de la CSU bavaroise, Horst Seehofer, était venu à Canossa, renouvelant son hommage-lige à la chancelière lors du congrès de la CDU, à Karlsruhe, mi-décembre. A ce même congrès, les frondeurs étaient venus à résipiscence, confirmant leur soutien à la politique des réfugiés menée depuis Berlin. Dans le même temps, son partenaire de coalition du SPD et vice-chancelier, Sigmar Gabriel, sortait affaibli de son propre congrès, et exposait au grand jour son incapacité à constituer une alternative politique crédible. La météo y mettait du sien, avec des températures étonnamment clémentes.

Ainsi, le «Wir schaffen das» [Nous y arriverons] devenait réalité, ou tout au moins le «deutscher Michel» [notre Monsieur Dupont] pouvait s’en persuader, lui qui ne déteste rien tant que les menaces sur son confort et sa tranquillité. Signes de cette confiance nouvelle, les courbes des instituts de sondage de nouveau orientées à la hausse pour l’Union, une érosion lente mais sûre du SPD, et une «Alternative für Deutschland» (AfD) scotchée sous la barre des 10%, score certes élevé, mais seulement de nature à renforcer la nécessité de la Grande Coalition (Union/SPD).

Las, les événements ont quelque peu mis à mal cette séquence heureuse, et remis en selle les esprits chagrins qui s’évertuaient à jeter un regard critique sur la situation actuelle et à formuler de sombres augures.

C’était, d’abord, sans compter avec la contribution décisive de jeunes gens, ou plus exactement de jeunes hommes – la police, les témoins comme les victimes s’accordent sur la tranche d’âge, de 18 à 35 ans, voir revue de presse ci-dessous, comme sur l’origine des auteurs – à l’animation de la nuit de la Saint-Sylvestre sur les parvis de la gare centrale et duDom de Cologne, ainsi que sur la Reeperbahn à Hambourg, ou encore à Stuttgart, qui a offert au peuple allemand un concentré de ce que la scène politique d’outre-Rhin peut offrir de meilleur : communiqués lénifiants de la police, grande presse silencieuse et attentiste jusqu’à ce que l’affaire éclate puis, de concert avec le personnel politique aux affaires, mise en doute de l’implication de migrants, refus de l’amalgame, mise en cause des porteurs de haine qui profitent de l’événement, etc. Il revenait évidemment à l’Oberbürgermeisterin de Cologne, madame Henriette Reker, fraîchement élue (sans étiquette, apparentée CDU; on se souvient qu’elle fut, la veille de son élection, poignardée par un forcené) de couronner en beauté cette séquence désastreuse, en prodiguant, en vue du prochain carnaval, quelques conseils de comportement aux… femmes.

C’est ensuite le gouvernement de Sa Majesté de Suède, qui, des larmes plein les yeux et le rouge de la honte au front, prenait la décision tragique de rétablir le contrôle à ses frontières. Il n’en fallait pas plus pour amener le voisin Danois à rétablir ce même contrôle à sa frontière sud, faisant ainsi de l’Allemagne un vaste cul-de-sac migratoire. Il convient ici de prendre avec tout le recul nécessaire les rodomontades bavaroises sur la fermeture de la frontière alpine : elles relèvent encore et toujours de la même stratégie purement déclamatoire, qui consiste à brosser l’électeur CSU dans le sens du poil pour lui éviter la tentation de glisser vers l’AfD, tout en s’attirant les bonnes grâces de l’électeur SPD, laissé en déshérence par une direction elle-même inaudible. Il est très hautement improbable que l’Etat libre de Bavière rompe ainsi le pacte fédéral.

C’est enfin l’entrée en campagne du général Hiver, trop tardive pour que l’on ait pu apprécier son «Glühwein» sur le Marché de Noël, si tardive que certains en venaient à douter qu’elle survienne, mais pourtant justement annoncée pour janvier. Il est bien là, encore un peu avare de neige, mais déjà assez puissant pour rendre dramatiques des situations précaires et compliquer l’action des autorités et des bénévoles, alors même que le flux migratoire ne semble pas vouloir se tarir malgré le froid et la neige – là encore, rien de très nouveau, mais l’on se prenait à espérer une accalmie relative.

C’est un fait désormais bien établi : la chancelière a passé Noël, et il est fort probable qu’elle vive l’arrivée du printemps à la chancellerie. Pour elle, ce ne sera pas nécessairement le retour des beaux jours.

Ensemble contre la politique jacobine

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