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La guerre en Syrie a engendré la création d’un arc chiite inédit au Proche-Orient. Dès le début du conflit en effet, l’Iran, le grand pays chiite de la région, n’a pas ménagé ses efforts pour soutenir le régime de Bachar face à l’insurrection.

Celle-ci est en effet exclusivement sunnite, y compris chez les prétendus modérés de l’ASL, fiction entretenue par la France et les Etats-Unis.

A l’Ouest, le Hezbollah libanais, très dépendant financièrement de l’Iran, est intervenu progressivement, d’abord pour empêcher que la frontière libanaise ne devienne une autoroute de ravitaillement pour l’insurrection, puis en territoire syrien, afin d’ épauler une armée de plus en plus en difficulté.

L’Irak, depuis l’ intervention américaine, est elle aussi passée dans le camp chiite, à la faveur d’élections qui ont bien évidemment mis au pouvoir la religion majoritaire. C’est bien la seule conséquence positive de cette intervention criminelle : elle a jeté dans l’islamisme le plus dur la minorité sunnite (laïque auparavant grâce à Sadam Hussein) mais a engendré l’émergence d’un pouvoir chiite ennemi de l’Etat Islamique. L’anarchie et la corruption qui règne dorénavant dans ce pays l’empêche de tenir le moindre rôle mais, à l’ombre de l’Iran, il ne risque plus de devenir un soutien de l’Etat islamique comme on pouvait le craindre un moment.

L’affaiblissement sunnite

Face à cette constellation chiite, deux pays se retrouvent grands perdants : la Turquie et l’Arabie Saoudite.

La Turquie a très vite choisi l’affrontement avec le régime de Bachar; les deux pays entretenaient pourtant de bonnes relations mais Erdogan a choisi le soutien aux insurgés islamistes. Deux  raisons à cela : la proximité religieuse bien sûr mais aussi l’ambition démesurée d’un homme qui veut dominer la région et refaire de la Turquie un grand de ce monde.

L’intervention russe a fait brutalement échouer cette stratégie. La chute de Bachar devient très incertaine, l’Europe, après avoir insulté le régime syrien ne fait finalement rien et Obama a choisi de laisser le champ libre à Poutine. Bien sûr, des armes continuent d’être livrées aux insurgés mais ceux-ci perdent du terrain de façon constante depuis le début de l’année. De plus, l’ennemi juré, le Kurde, profite des bombardements russes pour attaquer l’Etat islamique au nord d’Alep et tenter de faire la jonction avec Kobané, reprise à l’EI après des combats héroïques. Pour couronner le tout, Erdogan est maintenant dans l’oeil du cyclone de la Russie qui n’est pas prête d’oublier la destruction de son avion par la chasse turque.

Isolée et inquiète, la Turquie s’est rapprochée de l’autre grande puissance sunnite de la région, l’Arabie Saoudite. Celle-ci a de bonnes raisons d’accepter la main tendue d’Erdogan. Le retour au premier plan de l’Iran l’inquiète au plus haut point. De plus la baisse spectaculaire du prix du pétrole, qu’elle a elle-même provoquée, non seulement lui coûte cher, mais entretient le refroidissement des relations avec les Etats-Unis. Enfin, elle est engluée dans une guerre difficile avec les insurgés chiites du Yemen.

Des chasseurs saoudiens en Turquie

Afin de bien marquer ce nouvel arc sunnite (Nord-Sud celui-là par opposition à l’arc chiite Est-Ouest), des chasseurs Saoudiens se sont posés dans le sud de la Turquie il y a quelques jours; des déclarations martiales ont accompagné ce déploiement inattendu et une intervention terrestre en Syrie a été annoncée comme possible. Bien évidemment, elle serait prétexte à attaquer l’armée syrienne et les kurdes, plutôt que les islamistes que les uns et les autres financent et arment depuis maintenant cinq ans.

En réalité cette intervention n’aura pas lieu. Il faudrait en effet qu’elle soit accompagnée d’une couverture aérienne, sans laquelle plus rien n’est possible. Or depuis la destruction d’un de leurs avions, les Russes ont déployé des missiles anti-aériens très performants afin de surveiller toute intrusion aérienne par le nord et se feront un plaisir d’abattre le premier avion turc ou saoudien qui irait contrecarrer leurs plans.

Par ailleurs, la Turquie est membre de l’OTAN et ne peut intervenir hors d’un cadre commun. Cela implique l’accord des Etats-Unis qui , en l’occurrence, ne sera jamais donné. Cela reviendrait à affronter directement la Russie, ce dont Washington ne veut à aucun prix. L’ère belliciste des Bush est, jusqu’aux prochaines élections américaines en tout cas, close.

Quant à l’Arabie Saoudite, son armée fait, une nouvelle fois, la preuve de son incurie au Yemen, et ses soi-disantes forces spéciales n’en ont que le nom.

Cet arc sunnite, n’a finalement que peu de consistance. Il est interrompu géographiquement par la Syrie bien sûr mais aussi par la Jordanie qui, bien que majoritairement sunnite n’a aucune velléité anti-Bachar. Elle a d’ailleurs pris des mesures ces derniers jours pour mieux contrôler sa frontière et a reçu discrètement le ministre syrien des Affaires Etrangères. Quand le vent tourne…

Le plus embarrassé se révèle tout de même être Erdogan. Celui qui rêve d’être un nouveau sultan ottoman a récemment multiplié les erreurs : la destruction de l’avion russe que Poutine n’oubliera jamais, la guerre civile rallumée contre les Kurdes qui indispose Washington et la répression interne qui lui a fait jeter le masque du démocrate que l’Europe voulait voir en lui. Heureusement pour lui, il y a Angela Merkel : la chancelière  veut croire que l’invasion massive subie par l’Europe via la Turquie peut être contrôlée en discutant avec lui. Elle va lui donner beaucoup d’argent mais l’invasion continuera. Cette islamisation progressive et inéluctable de l’Europe le consolera de tous ses déboires.

Ensemble contre la politique jacobine

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